Lorsque les marchés actions reculent, le prix de l’or progresse parfois. Ce comportement alimente l’idée selon laquelle l’or évoluerait systématiquement à l’inverse de la Bourse. La réalité est plus nuancée.
Pendant certaines périodes de tensions économiques, financières ou géopolitiques, des investisseurs se tournent vers l’or pour diversifier leurs placements, détenir un actif largement négocié sur les marchés internationaux ou réduire leur exposition à certains risques. Une augmentation de l’aversion au risque peut alors soutenir la demande.
Cette relation entre or et marchés financiers n’est toutefois ni automatique ni constante. L’or peut également baisser pendant un krach, notamment lorsque les investisseurs recherchent des liquidités, que le dollar s’apprécie ou que les taux d’intérêt réels augmentent.
Pour comprendre ces mouvements, il faut donc examiner plusieurs facteurs simultanément : le niveau des taux d’intérêt, la valeur du dollar américain, les besoins de liquidité, les anticipations relatives aux banques centrales, l’inflation et la nature même de la crise.
Pourquoi l’or peut-il progresser lorsque les marchés baissent ?
La recherche de diversification
La diversification consiste à répartir un portefeuille entre plusieurs catégories d’actifs dont les réactions aux mêmes événements peuvent être différentes. Son objectif n’est pas d’empêcher toute perte, mais de limiter la dépendance du portefeuille à une seule source de risque.
Lorsque les perspectives économiques se détériorent, les bénéfices attendus des entreprises peuvent être révisés à la baisse. Les marchés actions deviennent alors plus volatils et certains investisseurs cherchent à réduire leur exposition à ce type de risque. Ils peuvent se tourner vers des obligations, des liquidités, certaines devises ou des actifs tangibles comme l’or.
L’or présente une particularité : son prix ne dépend pas directement des bénéfices ou des dividendes d’une entreprise. Il n’est pas non plus la dette d’un émetteur privé. Son comportement peut donc différer de celui des actions ou des obligations dans certaines circonstances.
Cette différence ne constitue cependant pas une garantie. La diversification d’un portefeuille peut contribuer à en modifier le profil de risque, mais elle n’exclut pas des pertes simultanées sur plusieurs actifs.
L’augmentation de l’aversion au risque
L’aversion au risque désigne, en économie financière, la préférence pour un niveau de risque plus faible lorsque deux placements présentent des caractéristiques de rendement comparables. Dans les périodes d’incertitude, cette aversion peut se renforcer et modifier le comportement des investisseurs. Elle peut s’accentuer en cas de récession redoutée, de crise bancaire, de conflit géopolitique ou de forte instabilité des marchés.
Dans ce contexte, les investisseurs tendent parfois à réduire leurs positions dans les actifs qu’ils jugent les plus vulnérables. Une partie des capitaux peut alors être dirigée vers l’or, notamment en raison de sa liquidité internationale, de sa rareté et de sa perception historique comme réserve de valeur.
Ce mécanisme peut contribuer à faire progresser le prix de l’or pendant une baisse des actions. Il dépend toutefois de la nature de la crise et des autres forces présentes sur les marchés. Si la recherche de liquidités domine ou si les taux d’intérêt réels augmentent fortement, l’or peut ne pas bénéficier de la hausse de l’aversion au risque.
L’or monte-t-il toujours lorsque les marchés financiers baissent ?
Une relation qui n’est ni automatique ni constante
Il n’existe pas de relation inverse permanente entre l’or et les marchés actions. Leur corrélation, c’est-à-dire la manière dont leurs prix évoluent l’un par rapport à l’autre, peut varier selon les périodes.
La corrélation peut être négative lorsque l’or progresse pendant que les actions reculent. Elle peut aussi être positive si les deux actifs montent ou baissent simultanément. Enfin, elle peut être faible lorsque leurs mouvements ne présentent pas de relation claire.
Ces variations s’expliquent notamment par le fait que le prix de l’or ne réagit pas uniquement à la situation des marchés actions. Il dépend aussi des taux d’intérêt réels, du dollar, des anticipations d’inflation, de la politique monétaire, des flux d’investissement et de la demande physique.
La relation entre les baisses des marchés actions et l’évolution de l’or ne peut donc pas être résumée par une règle unique. Deux corrections boursières d’ampleur comparable peuvent avoir des effets très différents sur le métal jaune si leur origine économique n’est pas la même.
Pourquoi l’or peut-il lui aussi baisser pendant une crise ?
Une crise financière peut entraîner une baisse simultanée de nombreuses catégories d’actifs. Ce phénomène est particulièrement visible pendant les phases de panique, lorsque les investisseurs privilégient l’accès immédiat aux liquidités.
Certains acteurs peuvent alors vendre de l’or afin de couvrir des pertes sur d’autres positions, de répondre à des appels de marge ou de rembourser des dettes. Les appels de marge correspondent à des demandes de fonds supplémentaires destinées à maintenir ouvertes des positions financées avec un effet de levier.
L’or peut aussi subir la hausse du dollar américain. Comme il est principalement négocié et référencé en dollars sur les marchés internationaux, un renforcement de la monnaie américaine tend, toutes choses égales par ailleurs, à rendre l’or plus coûteux pour les acheteurs utilisant d’autres devises.
Enfin, une progression des taux d’intérêt réels peut réduire l’attrait relatif du métal. L’or ne verse ni intérêt ni dividende. Lorsque les placements rémunérés deviennent plus attractifs après prise en compte de l’inflation, le coût d’opportunité de la détention d’or augmente.
Ainsi, dans un scénario combinant krach boursier et tensions financières, le métal peut d’abord reculer avec les autres actifs avant d’évoluer différemment par la suite.
Quels facteurs expliquent les mouvements de l’or pendant une crise ?
Les taux d’intérêt réels
Les taux d’intérêt réels correspondent, de manière simplifiée, aux taux d’intérêt nominaux corrigés de l’inflation anticipée. Ils influencent l’arbitrage entre l’or et les actifs qui produisent un revenu.
Lorsque les taux réels diminuent, le manque de rendement de l’or devient généralement moins pénalisant. Cela peut soutenir son prix. À l’inverse, une hausse des taux réels peut renforcer l’attrait relatif des obligations ou d’autres placements rémunérés.
Cette relation reste néanmoins dépendante du contexte. Une baisse des taux réels ne provoque pas nécessairement une hausse immédiate de l’or, car le dollar, la liquidité et le niveau d’aversion au risque peuvent évoluer simultanément.
Ces mécanismes sont expliqués plus en détail dans notre article « Pourquoi les taux d’intérêt influencent-ils le prix de l’or ? ».
Le dollar américain
L’or est principalement coté en dollars sur les marchés internationaux. La valeur de la monnaie américaine joue donc un rôle important dans la formation de son prix.
Lorsque le dollar américain s’apprécie, l’or a tendance à subir une pression à la baisse, toutes choses égales par ailleurs. Cette évolution peut peser sur la demande et sur son cours sur les marchés internationaux. À l’inverse, un affaiblissement de la monnaie américaine peut contribuer à soutenir le métal. Pour un investisseur utilisant une autre devise, l’évolution peut toutefois être différente.
Il ne s’agit pas d’une relation parfaite. L’or et le dollar peuvent progresser simultanément si un événement provoque une demande importante pour les deux actifs.
Pour un investisseur utilisant une autre devise que le dollar, la devise de référence est également essentielle. Une hausse de l’or en dollars peut être atténuée, amplifiée ou même annulée lorsqu’elle est convertie dans une autre devise. Par exemple, l’évolution observée en francs suisses peut différer de celle exprimée en dollars. La performance observée dépend donc à la fois du cours international de l’or et du taux de change entre le dollar et le franc.
La recherche de liquidités
Lors d’une phase de stress intense, la priorité de certains investisseurs n’est plus de rechercher un rendement ou une protection à long terme, mais de disposer immédiatement de liquidités.
Ils peuvent vendre des actifs faciles à négocier, y compris de l’or, afin de faire face à des retraits, à des échéances ou à des appels de marge. Le fait qu’un actif soit considéré comme défensif ne l’empêche pas d’être vendu dans une situation d’urgence.
Cette recherche de liquidités explique pourquoi l’or peut baisser au début d’une crise. Une fois les besoins les plus urgents satisfaits et les marchés stabilisés, d’autres facteurs peuvent reprendre le dessus, comme la baisse des taux réels ou l’augmentation des anticipations d’inflation.
Les anticipations concernant les banques centrales
Les marchés réagissent moins à la seule situation présente qu’à ce qu’ils anticipent pour les mois ou les années à venir. Les attentes concernant les banques centrales sont donc déterminantes.
Lorsque les investisseurs anticipent une baisse des taux directeurs, des achats d’actifs ou d’autres mesures monétaires accommodantes, les rendements obligataires réels peuvent diminuer. Ce contexte peut soutenir l’or, tout en favorisant éventuellement un redressement des actions.
À l’inverse, si les banques centrales sont perçues comme prêtes à relever fortement leurs taux pour contenir l’inflation, les marchés actions peuvent souffrir de conditions financières plus strictes tandis que l’or subit la hausse des rendements réels et du dollar.
L’inflation intervient également dans ces anticipations. Elle peut renforcer l’intérêt pour l’or comme réserve de valeur, mais elle peut aussi provoquer un durcissement monétaire défavorable à son prix. Ces mécanismes sont approfondis dans notre article « Quel lien entre l’inflation et le prix de l’or ? ».
Quelques épisodes historiques permettent-ils de comprendre cette relation ?
Les crises passées illustrent l’instabilité de la relation entre or et marchés financiers. Elles montrent surtout que les réactions peuvent changer entre la phase initiale d’un choc et ses conséquences économiques ultérieures.
La crise financière de 2008
Pendant la crise financière mondiale, les marchés actions ont subi un recul majeur. L’or n’a pourtant pas progressé de manière régulière pendant toute la période.
Lors des phases les plus aiguës, en particulier lorsque les tensions sur le système financier ont provoqué une forte demande de liquidités, le métal a lui aussi connu des mouvements baissiers. Des investisseurs ont vendu des actifs liquides afin de couvrir leurs pertes, de réduire leur endettement ou de répondre à des appels de marge. [Source : World Gold Council]
La situation a ensuite évolué. À mesure que les tensions de liquidité se sont atténuées et que les politiques monétaires sont devenues plus accommodantes, les facteurs soutenant l’or ont davantage pris le dessus. L’or a alors bénéficié de facteurs qui ne dominaient pas nécessairement durant la première phase de panique.
L’épisode de 2008 ne se résume donc pas à une hausse de l’or face à une baisse de la Bourse. Il met en évidence une succession de mécanismes : recherche de liquidités, interventions monétaires, évolution des taux réels et changement des anticipations.
La crise liée à la pandémie de 2020
Au début de la pandémie, l’arrêt brutal d’une partie de l’activité économique a provoqué une forte correction des marchés financiers. Pendant la phase de stress la plus intense, l’or a également reculé, notamment en raison des besoins de liquidité et de la réduction rapide des positions à effet de levier. [Source : World Gold Council]
Les banques centrales et les gouvernements ont ensuite adopté des mesures exceptionnelles pour soutenir le crédit et l’économie. Les taux d’intérêt sont restés très faibles, tandis que les rendements réels ont été soumis à des pressions baissières.
Dans ce nouvel environnement, l’or a progressé et atteint par la suite de nouveaux sommets nominaux en dollars. Son évolution a alors reflété plusieurs facteurs : faiblesse des taux réels, ampleur des politiques monétaires, incertitudes économiques.
Là encore, les mouvements de court terme et la tendance apparue après les premières interventions ne doivent pas être confondus.
Les tensions sur les marchés en 2022
En 2022, de nombreux marchés actions et obligataires ont été pénalisés par l’accélération de l’inflation et le resserrement des politiques monétaires. Les tensions géopolitiques ont initialement soutenu la demande d’or, mais d’autres facteurs ont ensuite pesé sur son évolution.
La hausse rapide des taux d’intérêt, la progression des rendements réels et le renforcement du dollar ont limité l’attrait du métal sur certaines parties de l’année. L’or n’a donc pas simplement suivi l’inflation ou évolué en sens inverse des actions. [Source : World Gold Council]
Cet épisode montre également l’importance de la devise de référence. Le comportement de l’or exprimé en dollars n’a pas nécessairement été identique à celui observé en francs suisses ou dans d’autres monnaies.
Quel rôle l’or peut-il jouer dans la diversification d’un portefeuille ?
La diversification d’un portefeuille consiste à combiner des actifs exposés à des risques et à des moteurs de performance différents. Elle vise à éviter qu’un même événement n’affecte l’ensemble du patrimoine de façon identique.
Certains investisseurs considèrent l’or comme une composante potentielle de cette diversification, car son prix peut être influencé par des facteurs distincts de ceux qui déterminent les bénéfices des entreprises ou les rendements obligataires. Dans certaines circonstances, il peut évoluer différemment des actions.
Cette propriété n’est toutefois pas stable dans le temps. L’or peut aussi baisser en même temps que les actions, notamment lors d’une crise de liquidité ou d’une forte hausse des taux réels.
Investir dans l’or implique par ailleurs des risques propres : volatilité du prix, risque de change, absence de revenu courant et, selon le mode de détention, coûts de conservation, de transaction ou de gestion. La diversification ne supprime donc pas le risque ; elle cherche à le répartir.
Le rôle éventuel de l’or dépend de la situation, des objectifs, de l’horizon temporel et de la tolérance au risque de chaque investisseur. Il n’existe pas d’allocation universelle adaptée à tous les portefeuilles.
Le comportement de l’or dépend toutefois de nombreux facteurs économiques et financiers. Pour replacer ces différents mécanismes dans une perspective plus large, consultez notre page consacrée à l’évolution du prix de l’or et aux principaux facteurs qui l’influencent.
L’or est-il réellement une valeur refuge ?
L’expression « or valeur refuge » repose sur plusieurs caractéristiques historiques. Le métal est rare, durable, négocié internationalement et ne dépend pas de la capacité de remboursement d’une entreprise ou d’un État. Il est aussi perçu depuis longtemps comme une réserve de valeur.
Cette perception doit être distinguée du comportement de son prix à court terme. Un actif qualifié de refuge n’augmente pas nécessairement pendant chaque crise. Il peut connaître une forte volatilité ou reculer lorsque les investisseurs recherchent des liquidités, lorsque le dollar monte ou lorsque les taux réels deviennent plus élevés.
Trois dimensions doivent donc être séparées :
- La perception comme réserve de valeur repose sur les caractéristiques de l’or et sur son rôle historique.
- Le comportement du prix à court terme dépend des flux de marché, des taux, des devises et des besoins de liquidité.
- Le rôle potentiel dans une stratégie de diversification tient au fait que l’or peut, dans certaines circonstances, réagir différemment d’autres actifs.
Qualifier l’or de valeur refuge ne signifie donc ni qu’il est sans risque, ni qu’il protège systématiquement contre une baisse des marchés.
FAQ
L’or monte-t-il toujours quand la Bourse baisse ?
Non. La relation entre l’or et les marchés actions varie selon les périodes. L’or peut progresser pendant une baisse boursière, rester stable ou reculer lui aussi. Les taux réels, le dollar, la liquidité et la nature de la crise influencent son comportement.
Pourquoi l’or peut-il baisser pendant un krach ?
Pendant un krach, des investisseurs peuvent vendre de l’or pour obtenir des liquidités, couvrir des pertes ou répondre à des appels de marge. Une hausse du dollar ou des taux d’intérêt réels peut également peser sur son prix.
L’or protège-t-il contre les pertes en Bourse ?
Pas de manière garantie. L’or peut contribuer à la diversification d’un portefeuille, mais il peut aussi baisser en même temps que les actions. Son effet dépend du contexte économique, de la période considérée et de la devise de référence.
Quelle relation existe entre l’or et les taux d’intérêt ?
L’or ne produit pas de revenu. Lorsque les taux d’intérêt réels augmentent, les actifs rémunérés peuvent devenir relativement plus attractifs, ce qui tend à peser sur l’or. Des taux réels faibles ou en baisse peuvent au contraire lui être plus favorables, sans garantir une hausse.
L’or est-il un actif de diversification ?
Il peut être considéré comme tel, car son comportement diffère parfois de celui des actions et des obligations. Cette diversification n’élimine cependant pas le risque et n’empêche pas des pertes simultanées sur plusieurs actifs.
Conclusion
L’or peut parfois progresser lorsque les marchés financiers reculent, notamment lorsque l’incertitude augmente, que les investisseurs cherchent à diversifier leurs actifs ou que les taux d’intérêt réels diminuent. Sa perception comme réserve de valeur peut également soutenir la demande pendant certaines périodes de tension.
Cette relation n’est toutefois ni automatique ni permanente. Dans une phase de panique, la recherche de liquidités peut entraîner des ventes d’or en même temps que celles d’autres actifs. La hausse du dollar ou des taux réels peut également peser sur le métal, même lorsque les actions reculent.
L’analyse du rapport entre or et marchés financiers doit donc intégrer plusieurs variables : taux d’intérêt réels, dollar américain, inflation, liquidité, politique monétaire, aversion au risque et contexte géopolitique. Aucun de ces facteurs ne suffit à lui seul à expliquer tous les mouvements du prix de l’or.
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